Objectif 2030 RACINES & l’ONUSIDA

Arsène Adiffon, directeur executif de l’ONG RACINES, commente l’objectif 2030 fixé par l’ONUSIDA lors du dernier séminaire des Nations Unies du 8, 9 et 10 juin dernier.

Du 8 au 10 juin dernier, un grand séminaire consacré au  Sida a eu lieu aux Nations Unies. Un objectif 2030 a été fixé : éliminer totalement l’épidémie du sida, et ce partout dans le monde. Quelle a été votre réaction lorsque vous l’avez appris ?

A travers cette vision nous avons un double sentiment : D’abord c’est un sentiment de doute. Car, lorsqu’on analyse la situation actuelle surtout dans les pays du sud, le rythme auquel l’épidémie évolue et le manque d’effort des gouvernants qui attendent pratiquement tout du Fonds Mondial, on se demande si cela n’est pas un simple slogan. Ensuite un sentiment d’espoir et de satisfaction car cela traduit une certaine prise de conscience au niveau international ; une prise de conscience qui peut être déclencheur d’un changement positif de comportement vis-à- vis de la pandémie. Enfin un sentiment de responsabilité car cet objectif nous interpelle en tant qu’acteur de lutte de lutte contre le VIH/SIDA et nous fait obligation de résultats. Nous devons donc nous engager pour l’atteinte de cet objectif.

En Afrique subsaharienne, où vivent 27 millions de malades du VIH/sida, pensez-vous que cet objectif est réaliste ?

Cet objectif sera atteint si tous les états africains s’investissent eux même dans la lutte contre le VIH/SIDA et ne se contentent pas d’attendre tout du Fonds Mondial et autres partenaires du nord qui contribuent pour beaucoup dans les résultats, encore peu satisfaisants, enregistrés aujourd’hui même si on est unanime pour reconnaitre qu’il y a des avancées.

Que devons-nous faire pour atteindre cet objectif au Bénin ?

Ce qui est certain, c’est que la politique béninoise doit s’aligner sur les recommandations de l’OMS en matière de prise en charge. Les critères d’éligibilité à la prise en charge et ceux de l’adoption de la prophylaxie préexposition, aussi appelée « PrEp », doivent êtres respectés. Nous devons nous investir dans la prévention du VIH/SIDA et des IST auprès des populations clés (HSH, PID et PS), et, dans la continuité de cette action sociale, rendre gratuit le traitement des IST surtout aux populations clés.

Un autre point d’amélioration est notre capacité à assurer la disponibilité permanente des antirétroviraux, ou encore la capacité d’assurer un bon suivi des patients en développant et renforçant les compétences des ressources humaines. Le Bénin doit rendre disponible les appareils de réalisation des bilans de contrôle d’efficacité du traitement et rendre disponible de façon permanente les réactifs et consommables médicaux qui sont cruciaux dans le traitement de la maladie.

Du côté plus technique, le Bénin et tous ses acteurs nationaux impliqués dans la lutte contre le sida doivent assurer la maintenance des appareils qui servent à traiter les patients.

Quels seront les axes de travail principaux de RACINES pour accompagner cet effort ?

RACINES a déjà déterminé les actions à mener pour aider le Bénin à atteindre l’objectif 2030. Nous voulons rendre le dépistage disponible et accessible à toutes les couches de population, et surtout pour les groupes clés (homosexuels, professionnels du sexe et consommateurs de drogues). Ils sont vulnérables, c’est important que nous soyons là pour eux. Nous allons les sensibiliser aux risques de transmission du VIH en distribuant des préservatifs et gels lubrifiants. Les jeunes femmes et femmes de tous âges sont aussi une de nos priorités puisque qu’elles représentent 40 000 des 70 000 malades du VIH/sida au Bénin. Nous allons continuer à leur parler de santé de reproduction car la prévention reste une des armes les plus efficace contre l’épidémie du sida.

Comme nous le faisons depuis 1999, nous allons continuer à mettre tous les patients dépistés séropositifs par nos services sous traitement ARV avec un bon suivi (psychologique, biologique..). Avec cette prise en charge, nous voulons atteindre les objectif de réduction par 90% de la charge virale des personnes traitées.