LA REALISATION DU PROGRAMME D’ACTION DU GOUVERNEMENT (PAG) DANS LE CONTEXTE DE RIPOSTE A LA COVID-19

Bénin/Covid 19 : « Repenser le contenu des programmes et les méthodes d’éducation » (Directeur Exécutif de l’ONG RACINES, Arsène ADIFFON )

L’école béninoise, comme dans le monde entier, est impactée par la pandémie liée à la Covid-19. Le gouvernement a réussi à sauver l’année scolaire avec quelques réaménagements. Des structures privées intervenant dans le domaine n’ont pas aussi baissé les bras. Dans leur rang, nous avons contacté l’ONG RACINES pour savoir de son expérience dans ce réaménagement. Le Directeur exécutif nous évoque les initiatives de RACINES pour que l’école béninoise ne meure pas de crise sanitaire mondiale. Arsène C. ADIFFON nous fait part aussi de ses appréciations sur certaines options de l’État béninois dans la réouverture des classes, exprime ses craintes au sujet de la prochaine vague d’août prochain… Au-delà, expose quelques propositions de solutions de l’ONG RACINES pour l’école béninoise à court terme mais aussi à long parce qu’il faut désormais, selon lui, compter avec l’avènement d’une pandémie à tout instant.

Le Chasseur Infos : L’ONG RACINES intervient dans le secteur de l’Éducation et de la Santé. Parlant spécifiquement de l’Éducation, quelle est votre ligne ?

Arsène AdiffonComme vous l’avez si bien dit, RACINES est une ONG béninoise qui intervient, depuis une vingtaine d’années, dans divers secteurs dont l’Éducation. Avec le soutien de ses partenaires, RACINES est aujourd’hui présente dans une vingtaine de communes réparties dans quatre départements que sont : Littoral, Atlantique, Zou et collines. En tant qu’ONG béninoise, RACINES s’inscrit dans une démarche d’accompagnement de l’État dans la mise en œuvre de ses politiques sectorielles.

En clair, les interventions de RACINES dans le secteur de l’Éducation contribuent à la réalisation du PAG, précisément les axes 5 du pilier II et 6 du pilier III, intitulés respectivement : (i) transformation structurelle de l’économie à travers des actions d’amélioration des performances de l’éducation et (ii) amélioration des conditions de vie des populations par le renforcement des services sociaux de base et protection sociale. Le principal document de politique qui sert aujourd’hui de bréviaire pour RACINES pour ses interventions en matière d’éducation demeure le Plan Décennal de Développement du Secteur de l’Éducation (PDDSE), post 2015.

Quels sont les axes de vos interventions dans ce secteur ?

Les principaux axes d’intervention de RACINES sont : Promotion de l’Éducation de base inclusive et de qualité ; Développement des Alternatives éducatives en faveur des exclus ; Renforcement de la bonne gouvernance dans le secteur de l’Éducation ; Promotion des droits, de l’entreprenariat et le leadership des jeunes en particulier les filles et Promouvoir l’éducation environnementale au sein des communautés.

En pleine pandémie liée à la Covid-19, comment vous gérez vos activités dans ce secteur. Y-a-t-il eu des réorientations ?

En dépit du contexte, RACINES a pu poursuivre certaines activités mais dans le strict respect des mesures prescrites par le gouvernement notamment le lavage régulier des mains, le port de masque de protection et la distanciation sociale. Bien évidemment que pour les activités de grand rassemblement d’enfants telles que les jeux itinérants, le concours d’orthographe et la compétition de football, prévues dans le cadre de la célébration de la Journée de l’Enfant Africain (JEA), nous avons dû opérer des réorientations pour tenir compte du nouveau contexte qu’impose la COVID-19. Il en est de même pour le concours du meilleur enseignant abandonné au regard des perturbations subies par le calendrier scolaire.

Avez-vous ou pensez-vous à un projet spécifique pour le secteur de l’Éducation dans ce contexte de Covid-19 ?

RACINES a initié un projet de riposte à la COVID-19, financé par son partenaire PARTAGE, à travers lequel plusieurs actions ont été menées en faveur des populations bénéficiaires des départements des Collines. Au total, 132 personnes ont été formées dans nos villages d’intervention pour assurer le relai des mesures et gestes barrières. Ces personnes ont été également outillées pour assister les ménages qui le souhaitent dans la réalisation des dispositifs de lavage des mains traditionnels. Aussi, notre institution a-t-elle acquis et distribué 11.900 masques au profit des populations de communes touchées et 1.000 autres à l’endroit des communes de Savalou et Bantè. Enfin, 248 dispositifs de lavage des mains ont été réalisés et disposés dans les villages ainsi que dans les circonscriptions scolaires de Savalou et Bantè.

Votre avis sur la réouverture des classes dans le monde et particulièrement au Bénin

Il est évident que pour un gouvernement, la vie ne peut complètement s’arrêter en raison de l’avènement de cette pandémie de la COVID-19. Il faut donc bien trouver des stratégies appropriées pouvant aider à sauver l’année scolaire. Toutefois, je trouve qu’on pouvait s’en tenir aux classes d’examens pour le primaire et le 1er cycle du secondaire car, à cet âge, il est difficile d’obtenir des enfants, en ce début de crise sanitaire d’une si grande ampleur, le respect des gestes barrières. Ne pourrait-on pas trouver une formule pour valider exceptionnellement les cours dans certaines classes intermédiaires comme cela a été fait dans certains pays ? S’il est vrai que des efforts ont été constatés dans la mise en place des dispositifs de lavage des mains dans le primaire, je déplore, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, que cela n’a pas été le cas dans le secondaire où la reprise a été décrétée pour l’ensemble des enfants. Ma plus grande crainte, aujourd’hui, c’est qu’avec l’explosion des statistiques liées à la pandémie, je me demande quelles dispositions supplémentaires devra-t-on prendre à la reprise du mois d’août pour ne pas exposer davantage nos enfants. Cette reprise reste-t-elle toujours pertinente avec le ratio élèves/maître connu aujourd’hui ? Surtout lorsqu’on sait que la Covid-19 est un tueur invisible qui se transmet lorsque nous sommes en relation avec les autres. Or à l’école, au bureau comme dans les marchés, nous sommes en inter relation avec tous ceux qui nous entourent. C’est d’ailleurs pour cela, qu’il est recommandé de se confiner afin d’arrêter la propagation de la maladie. En tout cas, si la décision de réouverture venait à être maintenue, il faudra bien des mesures plus volontaristes et plus strictes de la part du gouvernement aussi une prise de conscience plus forte de la part de chacun de nous.

Comment pensez-vous qu’on peut assurer l’éducation et la protection des enfants dans ce contexte de pandémie ?

A court terme, la garantie de l’offre éducative dans ce contexte de pandémie doit passer par le développement de nouvelles méthodes d’éducation à distance (Télévision, radio et internet) en facilitant l’accès de tous les enfants à ces moyens de communication. Mais nous savons tous qu’il serait utopique d’imaginer que tous les enfants surtout ceux des milieux ruraux auront un accès égal à ces moyens modernes de communication. C’est pourquoi, il faudra, à long terme, repenser sérieusement la mission éducative tant sur la densité des programmes pédagogiques que sur le calendrier scolaire.

Quant à la protection des enfants, cette tâche revient aux adultes (parents et enseignants) qui devront les informer, les sensibiliser sur la pandémie et les gestes barrières. Ils doivent à tout instant assurer la veille permanente sur le respect, par ces enfants, de ces gestes barrières. Cela suppose la disponibilité de dispositifs de lavage de mains, des masques de protection, de gel hydro alcoolique, etc.

Certains acteurs du secteur estiment que l’Éducation ne sera plus la même après la pandémie. Quelle est votre position à ce propos ?

C’est tout à fait juste parce qu’il faut désormais compter avec l’avènement d’une pandémie à tout instant. Déjà, les mesures mises en place pour essayer de sauver l’année 2020 au travers des cours en ligne, la radio, la télévision sont des mesures qui ont montré leur limite. La plupart des enfants ne suivent pas ces cours et encore, ceux qui le font, qui ne comprennent pas le cours ne peuvent poser de questions pour une meilleure compréhension. En plus, ces mesures sont limitées aux enfants dont les parents disposent d’une télévision, de la lumière électrique, etc. Donc beaucoup plus ceux de la classe modeste et moyenne. Le reste, principalement ceux qui sont dans les villages, sont marginalisés par ce système d’enseignement. Le niveau des apprenants va certainement s’en ressentir ; ce qui aura un impact sur eux. Certains grands penseurs estiment d’ailleurs que l’enseignement à distance est impossible voire illégal pour l’éducation de la petite enfance et ne convient pas à l’école élémentaire. De nombreuses écoles, en particulier les écoles publiques, ne disposent pas d’infrastructures pour cette modalité, elles ne disposent pas de plateformes, d’enseignants et d’enseignantes ayant une formation adéquate pour travailler avec la modalité, et ne sont pas, comme les élèves, aptes à cette alternative. Dans tous les cas, il va falloir que le contenu de l’éducation s’adapte aux réalités de la pandémie.

Que propose l’ONG RACINES en termes d’actions, de mesures ou même de stratégies pour ce secteur après la pandémie ?

Après cette pandémie, il faudra revoir les caractéristiques des infrastructures scolaires afin qu’elles répondent aux normes du respect des gestes barrières ; former les enseignants sur de nouvelles formes d’éducation ; doter les écoles, collèges, lycées et universités de matériels informatiques et les équiper de connexion internet à haut débit. Enfin, je pense que les nouveaux canaux peuvent proposer des activités complémentaires aux élèves, le calendrier scolaire officiel doit être assoupli et les cours à distance doivent être des activités complémentaires à ne pas comptabiliser comme des jours d’école. J’ajoute qu’il faudra renforcer le dialogue entre les écoles et les familles.

Réalisé par Le Chasseur Infos

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